Le système anglais nous aura permis ce luxe inouï. Ici, nous sommes innocent jusqu'à preuve du contraire. Toutefois, je soupçonne plusieurs personnes de l'avoir, consciemment ou non, oublié. Il y a quelques jours, une nouvelle dévastait le milieu de la littérature jeunesse ainsi que la vie de nombreuses personnes. Un auteur jeunesse, extrêmement populaire, a été accusé d'avoir abusé d'une de ses lectrices mineure. L'hétacombe a suivi l'annonce de cet événement.
Tout d'abord, j'aimerais parler de la façon dont cette annonce a été faite. Les cas d'abus sexuels sur mineurs, au Québec, sont légion. On ne peut le nier, on en a plus d'un joyeux compère qui se fait accuser d'avoir voulu salir l'innocence. Ici, comme partout ailleurs. Mais sont-ils tous coupables? Je me souviens de cette histoire, malheureusement pas si lointaine, d'un enseignant de ma commission scolaire qui a été faussement accusé. Voyez-vous une différence dans le traitement? Le fait que Maxime Roussy ait été accusé, celui dont le visage est connu de tous ceux qui s'intéressent un peu à la littérature jeunesse a eu un tantinet plus d'exposure que la sortie du huitième tome de son dernier roman pour ados. Il y a eu Brian Perro, Christine Brouillette, Robert Soulières et il y a maintenant Maxime Roussy. 250 000 exemplaires de la série Pakkal vendus. 12 tomes. D'aussi belles prévisions pour Le blogue de Namasté que les filles (et les garçons, en secret) s'arrachent. 8 tomes. Des tonnes de conférence dans les salons du livre, dans les écoles. Des prix littéraires. Des fan-clubs. Invité d'honneur au Salon du livre de Montréal. Tout ça en quelques années à peine. Il est un des rares auteurs jeunesse du Québec qui est capable de faire vivre sa famille avec sa passion. Les jeunes ne l'aiment pas. Les jeunes l'ADORENT. Il parle leur langage, leur fait vivre leurs émotions, les passionnent pour quelque chose, les fait lire. Et rêver.
En ce moment, il va sûrement mal. Pour un agoraphobe guéri de ses attaques de panique, savoir que tout le Québec, que certaines personnes parmi les gens qui le connaissent et qui l'aiment sont en train de le condamner sans avoir entendu sa version ou les moindres faits doit être d'une atrocité monumentale. Il doit vouloir mourir. Lui, qui était même devenu le porte-parole du volet jeunesse de Phobies-zéro, doit être en train de regretter être en vie en imaginant ce dont nous sommes témoins. Tout ça bien sûr en se rappelant que son projet de film sera mis sur la glace et qu'il n'est plus porte-parole de personne. Qu'au lieu de le soutenir et de l'aider en ce temps de crise (Agoraphobe... Phobies-zéro... On veux-tu juste des subventions?!?), on est en train de lui assurer des jurés influencés par les mots «pédophile» et «abuseur». Des mots qu'on a accolé à son nom dans tous les médias pendant 3 jours.
Présomption d'innocence. Nous faudra-t-il le perdre pour se rappeler qu'on l'avait?
Dans le cas de l'enseignant de ma commission scolaire, il a été reconnu innocent et il s'est avéré que les 19 jeunes filles qui avait porté les accusations avaient fomenté un complot. 19 jeunes filles. Croyez-vous que le doute est à jamais effacé pour les bonnes gens qui n'ont à coeur que de se méfier de tous? Croyez-vous que son employeur s'est excusé de l'avoir lâchement abandonné en lui refusant tout salaire pendant deux ans? Pensez-vous que se payer un avocat pendant plus d'un an, que passer une nuit en prison, que de se sentir jugé par tous les regards qu'on croise, ça s'oublie vite? Henri, lui, n'a toujours pas réussi à obtenir ses deux ans de salaire de la commission scolaire. Il n'arrive plus à enseigner avec plaisir. Et enseigner, sans plaisir, je vous jure que c'est douloureux. Il survit à tout ce stress.
Le procès de Maxime Roussy sera en juin. Dans un mois. Nous en saurons plus dans un mois. Un mois de qu'en dira-t-on, de regards méfiants, de commentaires de pères outrés, de mauvaises blagues, d'amis perdus, de larmes versées par ses 4 petites filles, son amoureuse et sa famille qui le soutiennent, ou encore d'intimidation à la maison parce qu'un journal a publié son adresse... C'est long. Pas le «c'est long!» que je peux dire au guichet. C'est vraiment très long. Je lui souhaite bon courage. Il en aura besoin.
Note à moi-même:
J'espère que je n'aurai pas à effacer de messages haineux. Come on. Si Vous en avez envie, faites-moi le plaisir de ne jamais remettre le nez dans ma vie. Virtuelle ou pas.
dimanche 1 mai 2011
jeudi 21 avril 2011
Si attachante...
Ça fait un bail, mais, comme on me réclame à tous vents, je viens écrire afin de ne pas tomber dans l'oubli total. Je pourrais vous dire que ma douloureuse absence de ce carnet virtuel est due à mon stage d'enseignante sans frontières ou parce que je me suis occupée de mon voisin en phase terminale du cancer, mais me croiriez-vous? Ishhhh... C'est la procrastination (toujours elle) qui s'est emparée de ma personne depuis plusieurs mois. Ça et le manque flagrant d'anecdotes croustillantes, évidemment.
Ma vie est devenue un long fleuve tranquille. Mes amis les plus proches ayant tous décidé de fonder une famille ou de trouver l'âme soeur au même moment, mes occasions de sortir ont chuté autant que mon envie d'aller faire le plein lorsqu'on annonce que le baril de pétrole a atteint des sommets historiques. Ma banque de maladies a subi un régime amincissant à cause de toutes les gastros/rhumes/grippe/bronchite que j'ai eu le plaisir de traverser cet hiver. Mon portefuille aussi est au régime sec. À vivre seule, on est un tantinet plus fauché qu'un itinérant sur le coin d'une rue stratégique. Tant de joies pour un seul individu, franchement, ça craint.
Mais je ne suis pas revenue pour me plaindre. Oh non! Ben oui! Z'êtes naïfs si vous avez cru cette imposture! Je suis une plaignarde assumée. Mais une plaignarde assumée si attachante... Au registre de mes injustices personnelles? La liste est longue, mais comme vous vous en doutez sûrement, vous n'en serez pas dispensés. Question d'achever de vous convaincre de ma mauvaise foi, je suis enseignante. Comme le scande l'opinion publique, «Vous autres, les profs, vous êtes toujours en train de chialer.»
En conséquence, les prix de mes plus grandes sources de frustrations vont à
- la mère d'un de mes élèves qui est venue se plaindre que je manquais trop souvent! Qui d'autre que moi pouvait attraper la gastro, une grippe et une bronchite en 2 semaines? Et bien la mère de ce garçon qui a manqué 17 jours d'école depuis septembre (dont la moitié sont des vendredis parce que c'est bien connu, les vendredis on ne fait RIEN à l'école), elle, trouvait que je n'avais pas le droit d'être malade. Elle va sûrement faire une plainte à la commission scolaire quand je m'absenterai pour un mois afin de me faire refaire un beau tunnel carpien tout neuf.
-ces parents qui ne veulent pas nous écouter lorsqu'on leur explique que leur enfant ne va pas bien. Sur 28 enfants du même âge, je n'en ai pas moi, de points de comparaison crédibles! À preuve, la mère de ce matin à qui je disais que sa fille avait besoin d'aide pour se concentrer. J'en ai vu des enfants weirds en une décennie passée dans le milieu de l'éducation, mais weird sans même s'en apercevoir de même, c'est impressionnant. «A vas ben! Pis j'ai lue dans le journal de monrial que vous autre les profes vous donniez des penules aux enfants pour avoir la paix d'en classe. faux que je te lesse, ma cliente viens d'arivé pour sa pose d'ongles.» Ça ne s'invente pas. Je devinais les fautes d'orthographe dans sa voix. Je peux vous affirmer que la relève, pour les esthéticiennes, s'annonce bien. Je prévois du contingentement même si je me fie au nombre de fillettes de ma classe qui ont des parents qui ne valorisent pas les études et qui ne supportent pas leurs enfants.
-ce monstre à cent têtes qu'est le ministère de l'éducation, du loisir et du sport. Premièrement, selon mes valeurs, l'éducation, les loisirs et le sport ça ne va pas ensemble. C'est beau s'épanouir
avec notre équipe de balle molle et vibrer de plaisir à jouer une délirante partie de dames, mais ça ne va pas avec l'éducation. Surtout quand ces secondes parties du trio sont favorisées au détriment du premier. Mes élèves qui ne passent pas dans 3 matières sur 7 (genre math, français, anglais) et qui manquent les cours pendant 2 jours pour leurs deux tournois de hockey annuels, ça me fait chier. À dix ans, ta priorité, c'est d'asseoir les bases de ton avenir en apprenant à parler, écrire, compter et lire correctement. Call me Cruella si vous voulez, mais mes élèves n'ont pas de privilèges, ils ont des devoirs et des études, je ne donne pas d'argent scolaire, les périodes libres sont rares et méritées, on fait une dictée, 4 verbes et des maths en révision chaque matin. Les élèves des autres classes chuchotent dans mon dos que ça doit pas être cool être dans ma classe. Mes élèves m'adorent et s'améliorent. Bon, je n'ai pas encore atteint le 90% de taux de réussite en français exigé par ma commission scolaire et je reçois des mots de parents pas toujours agréables à lire, mais ils s'enmieutent pour vrai.
-ces parents qui pensent que j'ai juste ça à faire, leur téléphoner pour savoir comment ça se fait que leur enfant a une retenue pour devoirs non faits. Ou encore pour leur expliquer pourquoi je n'ai pas vu la faute à la page 22. Ou parce que leur enfant a eu une conséquence alors que sa victime l'avait c-l-a-i-r-e-m-e-n-t provoqué. Pis, by the way, on a vraiment besoin de nos journées pédagogiques. On fait pas ça pour les obliger à s'occuper de leurs enfants. On a le temps de les appeler ces journées-là. On a le temps d'appeler la psychologue, la travailleuse sociale, de parler avec les techniciens en éducation spécialisée et aux autres profs pour aider leur enfant. On planifie nos journées, on corrige, on suit des formations pour apprendre de nouvelles façons d'aider leur enfant à mieux apprendre. Ce ne sont pas mes enfants et j'en fais plus pour les soutenir que leurs parents. Bordel!
-ces services aux enfants en difficultés qui sont promis, qui sont sur le papier et qu'on ne voit pas. Une de mes élèves entend des voix. Ça la rend anxieuse. Elle pleure quand ça arrive parce que, parfois, ces voix sont trop fortes et que ça lui fait peur. Je ne suis pas une alarmiste de nature, mais entendre des voix ne sonne pas nécessairement sain à mon oreille. Avisé en février en même temps que moi, mon directeur a fait la demande à la psychologue de rencontrer la petite dès que possible. Ce devrait être possible en juin. Sinon, ça ira en septembre l'an prochain. On a une psychologue, 2 jours par semaine dans notre école de 630 élèves. Notre clientèle compte 8 autistes , deux groupes d'élèves en troubles de comportement, plusieurs élèves avec le syndrôme de La Tourette, des enfants abusés, des enfants en deuil, des petits anxieux, dépressifs, violents, alouettes. Je ne vous parle pas des 45 minutes d'orthopédagogie auxquelles mes élèves en grande difficulté ont droit à chaque semaine. On donne du service. On se déculpabilise. Ça met un diachylon sur la jambe coupée.
-ce mythique bulletin unique qui a été annoncé l'année passée. Qui a été reporté à septembre 2011 en septembre 2010. Le MELS n'était pas prêt. Il était trop occupé à ne pas signer notre convention collective négociée des mois auparavant. Les conseillers pédagogiques, nos profs à nous, ne maitrisent pas encore ces nouveautés. Ils n'ont pas vu l'ombre du bulletin. Certaines écoles auront la formation sur la façon d'évaluer en vogue le 28 juin. Pertinent. On s'assure d'avoir les conditions gagnantes...
-la progression des apprentissages qu'on réclamait depuis 10 ans nous a été remise cette année. (Ça indique ce qui doit être montré en 1ère, 2e, 3e, 4e, 5e, 6e années.) En la lisant, on s'aperçoit que les exigences en français ont tellement été révisées à la baisse que c'en est honteux. Ils seront dipômés nos enfants, mais il ne vaudra pas cher notre diplôme à côté de celui de la France ou de l'Inde. On sera bientôt aussi incultes que nos admirables voisins du Sud.
Tout ceci m'amène à penser qu'avoir des enfants devrait être un privilège. C'est horrible à dire. J'en suis bien consciente. Mais je les côtoie au quotidien les enfants. Il y en a pour qui je suis la seule adulte qui les écoute, les regarde, leur sourit, leur donne confiance en eux. Je ne suis pas payée pour en réchapper. Je suis payée pour enseigner. J'enseigne les maths, le français, les arts, l'éthique et culture religieuse, l'histoire, les sciences, l'informatique. Je suis formée pour ça. Et ça me tue de voir que mes élèves, avec tout ce qu'ils vivent, n'ont pas la tête à étudier. Vous savez maintenant que je suis sensible, sous mes dehors piquants de chialeuse finie. Mais je suis si attachante...
Ma vie est devenue un long fleuve tranquille. Mes amis les plus proches ayant tous décidé de fonder une famille ou de trouver l'âme soeur au même moment, mes occasions de sortir ont chuté autant que mon envie d'aller faire le plein lorsqu'on annonce que le baril de pétrole a atteint des sommets historiques. Ma banque de maladies a subi un régime amincissant à cause de toutes les gastros/rhumes/grippe/bronchite que j'ai eu le plaisir de traverser cet hiver. Mon portefuille aussi est au régime sec. À vivre seule, on est un tantinet plus fauché qu'un itinérant sur le coin d'une rue stratégique. Tant de joies pour un seul individu, franchement, ça craint.
Mais je ne suis pas revenue pour me plaindre. Oh non! Ben oui! Z'êtes naïfs si vous avez cru cette imposture! Je suis une plaignarde assumée. Mais une plaignarde assumée si attachante... Au registre de mes injustices personnelles? La liste est longue, mais comme vous vous en doutez sûrement, vous n'en serez pas dispensés. Question d'achever de vous convaincre de ma mauvaise foi, je suis enseignante. Comme le scande l'opinion publique, «Vous autres, les profs, vous êtes toujours en train de chialer.»
En conséquence, les prix de mes plus grandes sources de frustrations vont à
- la mère d'un de mes élèves qui est venue se plaindre que je manquais trop souvent! Qui d'autre que moi pouvait attraper la gastro, une grippe et une bronchite en 2 semaines? Et bien la mère de ce garçon qui a manqué 17 jours d'école depuis septembre (dont la moitié sont des vendredis parce que c'est bien connu, les vendredis on ne fait RIEN à l'école), elle, trouvait que je n'avais pas le droit d'être malade. Elle va sûrement faire une plainte à la commission scolaire quand je m'absenterai pour un mois afin de me faire refaire un beau tunnel carpien tout neuf.
-ces parents qui ne veulent pas nous écouter lorsqu'on leur explique que leur enfant ne va pas bien. Sur 28 enfants du même âge, je n'en ai pas moi, de points de comparaison crédibles! À preuve, la mère de ce matin à qui je disais que sa fille avait besoin d'aide pour se concentrer. J'en ai vu des enfants weirds en une décennie passée dans le milieu de l'éducation, mais weird sans même s'en apercevoir de même, c'est impressionnant. «A vas ben! Pis j'ai lue dans le journal de monrial que vous autre les profes vous donniez des penules aux enfants pour avoir la paix d'en classe. faux que je te lesse, ma cliente viens d'arivé pour sa pose d'ongles.» Ça ne s'invente pas. Je devinais les fautes d'orthographe dans sa voix. Je peux vous affirmer que la relève, pour les esthéticiennes, s'annonce bien. Je prévois du contingentement même si je me fie au nombre de fillettes de ma classe qui ont des parents qui ne valorisent pas les études et qui ne supportent pas leurs enfants.
-ce monstre à cent têtes qu'est le ministère de l'éducation, du loisir et du sport. Premièrement, selon mes valeurs, l'éducation, les loisirs et le sport ça ne va pas ensemble. C'est beau s'épanouir
avec notre équipe de balle molle et vibrer de plaisir à jouer une délirante partie de dames, mais ça ne va pas avec l'éducation. Surtout quand ces secondes parties du trio sont favorisées au détriment du premier. Mes élèves qui ne passent pas dans 3 matières sur 7 (genre math, français, anglais) et qui manquent les cours pendant 2 jours pour leurs deux tournois de hockey annuels, ça me fait chier. À dix ans, ta priorité, c'est d'asseoir les bases de ton avenir en apprenant à parler, écrire, compter et lire correctement. Call me Cruella si vous voulez, mais mes élèves n'ont pas de privilèges, ils ont des devoirs et des études, je ne donne pas d'argent scolaire, les périodes libres sont rares et méritées, on fait une dictée, 4 verbes et des maths en révision chaque matin. Les élèves des autres classes chuchotent dans mon dos que ça doit pas être cool être dans ma classe. Mes élèves m'adorent et s'améliorent. Bon, je n'ai pas encore atteint le 90% de taux de réussite en français exigé par ma commission scolaire et je reçois des mots de parents pas toujours agréables à lire, mais ils s'enmieutent pour vrai.
-ces parents qui pensent que j'ai juste ça à faire, leur téléphoner pour savoir comment ça se fait que leur enfant a une retenue pour devoirs non faits. Ou encore pour leur expliquer pourquoi je n'ai pas vu la faute à la page 22. Ou parce que leur enfant a eu une conséquence alors que sa victime l'avait c-l-a-i-r-e-m-e-n-t provoqué. Pis, by the way, on a vraiment besoin de nos journées pédagogiques. On fait pas ça pour les obliger à s'occuper de leurs enfants. On a le temps de les appeler ces journées-là. On a le temps d'appeler la psychologue, la travailleuse sociale, de parler avec les techniciens en éducation spécialisée et aux autres profs pour aider leur enfant. On planifie nos journées, on corrige, on suit des formations pour apprendre de nouvelles façons d'aider leur enfant à mieux apprendre. Ce ne sont pas mes enfants et j'en fais plus pour les soutenir que leurs parents. Bordel!
-ces services aux enfants en difficultés qui sont promis, qui sont sur le papier et qu'on ne voit pas. Une de mes élèves entend des voix. Ça la rend anxieuse. Elle pleure quand ça arrive parce que, parfois, ces voix sont trop fortes et que ça lui fait peur. Je ne suis pas une alarmiste de nature, mais entendre des voix ne sonne pas nécessairement sain à mon oreille. Avisé en février en même temps que moi, mon directeur a fait la demande à la psychologue de rencontrer la petite dès que possible. Ce devrait être possible en juin. Sinon, ça ira en septembre l'an prochain. On a une psychologue, 2 jours par semaine dans notre école de 630 élèves. Notre clientèle compte 8 autistes , deux groupes d'élèves en troubles de comportement, plusieurs élèves avec le syndrôme de La Tourette, des enfants abusés, des enfants en deuil, des petits anxieux, dépressifs, violents, alouettes. Je ne vous parle pas des 45 minutes d'orthopédagogie auxquelles mes élèves en grande difficulté ont droit à chaque semaine. On donne du service. On se déculpabilise. Ça met un diachylon sur la jambe coupée.
-ce mythique bulletin unique qui a été annoncé l'année passée. Qui a été reporté à septembre 2011 en septembre 2010. Le MELS n'était pas prêt. Il était trop occupé à ne pas signer notre convention collective négociée des mois auparavant. Les conseillers pédagogiques, nos profs à nous, ne maitrisent pas encore ces nouveautés. Ils n'ont pas vu l'ombre du bulletin. Certaines écoles auront la formation sur la façon d'évaluer en vogue le 28 juin. Pertinent. On s'assure d'avoir les conditions gagnantes...
-la progression des apprentissages qu'on réclamait depuis 10 ans nous a été remise cette année. (Ça indique ce qui doit être montré en 1ère, 2e, 3e, 4e, 5e, 6e années.) En la lisant, on s'aperçoit que les exigences en français ont tellement été révisées à la baisse que c'en est honteux. Ils seront dipômés nos enfants, mais il ne vaudra pas cher notre diplôme à côté de celui de la France ou de l'Inde. On sera bientôt aussi incultes que nos admirables voisins du Sud.
Tout ceci m'amène à penser qu'avoir des enfants devrait être un privilège. C'est horrible à dire. J'en suis bien consciente. Mais je les côtoie au quotidien les enfants. Il y en a pour qui je suis la seule adulte qui les écoute, les regarde, leur sourit, leur donne confiance en eux. Je ne suis pas payée pour en réchapper. Je suis payée pour enseigner. J'enseigne les maths, le français, les arts, l'éthique et culture religieuse, l'histoire, les sciences, l'informatique. Je suis formée pour ça. Et ça me tue de voir que mes élèves, avec tout ce qu'ils vivent, n'ont pas la tête à étudier. Vous savez maintenant que je suis sensible, sous mes dehors piquants de chialeuse finie. Mais je suis si attachante...
vendredi 28 janvier 2011
Enrhumée et déchue
Pensez-vous qu'un jour, à force de jouer trop souvent au free cell, il est possible que l'ordinateur dise: «Désolé, vous avez épuisé la banque de possibilités de jeux. Maintenant, trouvez-vous une vie!»?
Quand on découvre, un vendredi soir, qu'on est abonné à La chaîne aquarium ET au Aquarium channel en HD, on se questionne sur ses choix de vie.
Le rhume une fois par mois, ça peut être notre corps qui essaie de nous glisser un mot ou deux?
Suivre plus de séries télé serait-ce humainement possible?
C'est sûr qu'aller à la bibliothèque emprunter quelques romans policiers bien noirs serait envisageable sans cette amende pour retard qui doit maintenant atteindre le prix d'un bruch au resto.
Est-ce que ça se peut une greffe de tite-peau de dessous de nez qui est désquamée par de trop nombreux rhumes?
Je me demande si on peut développer un acouphène en fréquentant un enfant qui a le syndrôme Gilles de la Tourette et dont le tic est de renifler comme un buffle aux 5,7 secondes?
Si je n'allais pas dans le Sud avec mon amoureux pour fêter mes 3* ans, je crois que je perdrais ma naïveté pour de bon avec tout ce positivisme. Vivement les drinks colorés fournis à toute heure du jour et de la nuit, le soleil, la chaleur, la farniente, le sexe et, sûrement, une sympathique diarrhée du voyageur!
Quand on découvre, un vendredi soir, qu'on est abonné à La chaîne aquarium ET au Aquarium channel en HD, on se questionne sur ses choix de vie.
Le rhume une fois par mois, ça peut être notre corps qui essaie de nous glisser un mot ou deux?
Suivre plus de séries télé serait-ce humainement possible?
C'est sûr qu'aller à la bibliothèque emprunter quelques romans policiers bien noirs serait envisageable sans cette amende pour retard qui doit maintenant atteindre le prix d'un bruch au resto.
Est-ce que ça se peut une greffe de tite-peau de dessous de nez qui est désquamée par de trop nombreux rhumes?
Je me demande si on peut développer un acouphène en fréquentant un enfant qui a le syndrôme Gilles de la Tourette et dont le tic est de renifler comme un buffle aux 5,7 secondes?
Si je n'allais pas dans le Sud avec mon amoureux pour fêter mes 3* ans, je crois que je perdrais ma naïveté pour de bon avec tout ce positivisme. Vivement les drinks colorés fournis à toute heure du jour et de la nuit, le soleil, la chaleur, la farniente, le sexe et, sûrement, une sympathique diarrhée du voyageur!
vendredi 17 décembre 2010
Mon job, il est unique
En ce moment, je mange du chocolat offert par Sloppy Man en guise de cadeau de Noël. Ça faisait 3 semaines qu'il me demandait si c'était permis de m'offrir un cadeau pour Noël. Un peu plus peut-être.
Nan. C'était en octobre. Je m'en souviens parce qu'il a distribué des petits brownies du commerce décorés en orange vif pour Halloween. Je m'en souviens parce que deux semaines avant, il avait commencé à parler de SA fête. Il avait demandé si sa mère pouvait faire une tarte aux sauterelles, sa spécialité, pour la classe afin de souligner l'événement.
Un peu avant, il avait tenu à se présenter comme président de classe. Lui qui «accroche» toujours les autres, qui se moque de tout un chacun, qui s'oppose passivement à toutes les interventions, qui ne fait pas ses devoirs, qui est impoli avec les adultes, qui ne fout rien de la journée en classe s'est avancé, s'est adossé au tableau, a enlevé la mèche de devant ses yeux et a dit: «Ci vou vauté poure moé, ma mére va vou fair des gataus» ou quelque chose du genre. Parce que lui, c'est comme ça qu'il l'aurait écrit. Mais pas sur la ligne. Nan. Il l'aurait écrit gros avec son écriture enfantine qui crie un besoin d'être vu. Il n'écrirait pas la date non plus. Ni son nom. Il ne mettrait même pas la feuille ou le cahier sur le bon sens. Il chialerait quand je le retournerais à sa place, mais on aurait eu un contact. Les contacts, pour lui, se font dans la confrontation.
Bref, il fallait, pour ne pas perdre la face, qu'il ait des sucreries pour célébrer sa fête. Il est arrivé un matin avec des petits brownies du commerce et un air fier. Nous avons arrêté les élèves pour la collation et il a donné ses gâteaux aux élèves. Il était tellement fier. Comme si sa mère lui avait fait sa fameuse tarte aux sauterelles. Il est allé en porter en grande pompe à deux amis dans d'autres classes et en a offert à l'intervenant qui lui sert de papa à l'école.
En novembre, n'en pouvant plus des innombrables conflits dans notre classe, le conseil de coopération a vu le jour chez nous. Son nom est sorti dans un billet sur deux ou presque. Il s'est vengé de ceux qui écrivaient sur lui. Nous avons parlé de ses choix de vie une fois de plus. Le concept de la carapace a commencé à faire son chemin. Il comprenait où je voulais en venir.
Nous avons commencé à attaquer la carapace dernièrement. Nous avons ri en groupe de ses petits travers. À chaque fois qu'il dit quelque chose de négatif, je le rattrappe en riant avec lui, de lui. Avec les autres aussi. Ils en ont beaucoup moins peur maintenant. Il travaille parfois avec des élèves timides et je le vois perdre sa carapace pendant quelques minutes. Quand je le gronde trop (les mauvaises habitudes sont difficiles à perdre. Je sais ça.), il rôde autour de mon bureau pour me jaser de tout et de rien. Il vient me chercher. Me rappeler qu'il est mon chéri. «Chéri» est associé à tous les bons comportements. Il commence à aimer ça les bons comportements. Il n'est plus assis à côté de mon bureau, près de mon coeur comme je lui dis. Il voulait sa chance. Je la lui ai donnée. Je suis qui pour croire qu'il ne peut pas faire mieux et qu'il ne mérite pas une autre chance?
Hier, 5 minutes avant de partir pour la maison, il me lance qu'il sera absent le lendemain et la semaine prochaine aussi, car ils partent rejoindre la famille à l'autre bout du Québec. Ce matin, il était absent. J'ai trouvé ça dommage qu'il soit absent de notre fête de Noël. Mais il est revenu en après-midi. Sur mon bureau, il avait déposé deux boites emballées, de formats identiques. Il m'a demandé de choisir celle que je voulais. Je lui ai demandé ce que c'était et il m'a expliqué les différences entre les deux. J'ai choisi et lui ai demandé si je pouvais lui faire un câlin. Il n'a pas dit oui. N'a pas dit non non plus. Il a juste tendu les bras comme font tous les enfants du monde qui veulent être blottis. Gênés, on a mis un plan au point pour qu'il offre son autre présent à son père d'école. L'après-midi a été dur. Cette semaine c'est dur. La période de séparation due aux vacances angoisse les «chéris» comme lui. Il ne voulait pas travailler. J'étais fatiguée. Je lui ai lâché les baskets. Il m'a souhaité bonne fin de semaine deux fois.
Ce soir, je mange son chocolat en me disant que mon job, il est unique. J'ai hâte à lundi pour lui dire que je l'ai tout mangé tellemet il était bon. Parce qu'il va sourire. Et, croyez-moi, si vous le connaissiez, vous aussi vous aimeriez ce sourire.
Nan. C'était en octobre. Je m'en souviens parce qu'il a distribué des petits brownies du commerce décorés en orange vif pour Halloween. Je m'en souviens parce que deux semaines avant, il avait commencé à parler de SA fête. Il avait demandé si sa mère pouvait faire une tarte aux sauterelles, sa spécialité, pour la classe afin de souligner l'événement.
Un peu avant, il avait tenu à se présenter comme président de classe. Lui qui «accroche» toujours les autres, qui se moque de tout un chacun, qui s'oppose passivement à toutes les interventions, qui ne fait pas ses devoirs, qui est impoli avec les adultes, qui ne fout rien de la journée en classe s'est avancé, s'est adossé au tableau, a enlevé la mèche de devant ses yeux et a dit: «Ci vou vauté poure moé, ma mére va vou fair des gataus» ou quelque chose du genre. Parce que lui, c'est comme ça qu'il l'aurait écrit. Mais pas sur la ligne. Nan. Il l'aurait écrit gros avec son écriture enfantine qui crie un besoin d'être vu. Il n'écrirait pas la date non plus. Ni son nom. Il ne mettrait même pas la feuille ou le cahier sur le bon sens. Il chialerait quand je le retournerais à sa place, mais on aurait eu un contact. Les contacts, pour lui, se font dans la confrontation.
Bref, il fallait, pour ne pas perdre la face, qu'il ait des sucreries pour célébrer sa fête. Il est arrivé un matin avec des petits brownies du commerce et un air fier. Nous avons arrêté les élèves pour la collation et il a donné ses gâteaux aux élèves. Il était tellement fier. Comme si sa mère lui avait fait sa fameuse tarte aux sauterelles. Il est allé en porter en grande pompe à deux amis dans d'autres classes et en a offert à l'intervenant qui lui sert de papa à l'école.
En novembre, n'en pouvant plus des innombrables conflits dans notre classe, le conseil de coopération a vu le jour chez nous. Son nom est sorti dans un billet sur deux ou presque. Il s'est vengé de ceux qui écrivaient sur lui. Nous avons parlé de ses choix de vie une fois de plus. Le concept de la carapace a commencé à faire son chemin. Il comprenait où je voulais en venir.
Nous avons commencé à attaquer la carapace dernièrement. Nous avons ri en groupe de ses petits travers. À chaque fois qu'il dit quelque chose de négatif, je le rattrappe en riant avec lui, de lui. Avec les autres aussi. Ils en ont beaucoup moins peur maintenant. Il travaille parfois avec des élèves timides et je le vois perdre sa carapace pendant quelques minutes. Quand je le gronde trop (les mauvaises habitudes sont difficiles à perdre. Je sais ça.), il rôde autour de mon bureau pour me jaser de tout et de rien. Il vient me chercher. Me rappeler qu'il est mon chéri. «Chéri» est associé à tous les bons comportements. Il commence à aimer ça les bons comportements. Il n'est plus assis à côté de mon bureau, près de mon coeur comme je lui dis. Il voulait sa chance. Je la lui ai donnée. Je suis qui pour croire qu'il ne peut pas faire mieux et qu'il ne mérite pas une autre chance?
Hier, 5 minutes avant de partir pour la maison, il me lance qu'il sera absent le lendemain et la semaine prochaine aussi, car ils partent rejoindre la famille à l'autre bout du Québec. Ce matin, il était absent. J'ai trouvé ça dommage qu'il soit absent de notre fête de Noël. Mais il est revenu en après-midi. Sur mon bureau, il avait déposé deux boites emballées, de formats identiques. Il m'a demandé de choisir celle que je voulais. Je lui ai demandé ce que c'était et il m'a expliqué les différences entre les deux. J'ai choisi et lui ai demandé si je pouvais lui faire un câlin. Il n'a pas dit oui. N'a pas dit non non plus. Il a juste tendu les bras comme font tous les enfants du monde qui veulent être blottis. Gênés, on a mis un plan au point pour qu'il offre son autre présent à son père d'école. L'après-midi a été dur. Cette semaine c'est dur. La période de séparation due aux vacances angoisse les «chéris» comme lui. Il ne voulait pas travailler. J'étais fatiguée. Je lui ai lâché les baskets. Il m'a souhaité bonne fin de semaine deux fois.
Ce soir, je mange son chocolat en me disant que mon job, il est unique. J'ai hâte à lundi pour lui dire que je l'ai tout mangé tellemet il était bon. Parce qu'il va sourire. Et, croyez-moi, si vous le connaissiez, vous aussi vous aimeriez ce sourire.
lundi 6 décembre 2010
pensées de la semaine
- Une deuxième journée tempête ce serait sûrement trop demander avant Noël.
- Je ne devrais pas regarder le Guide resto Voir en mangeant des pâtes au pesto.
- Mes amis sont souvent occupés le soir où j'ai vraiment envie de parler longtemps.
- Un pâté chinois, ça ne reste pas frais 6 jours.
- C'est toujours l'aliment qui est le plus poisseux et le plus coloré qui coule sur les tablettes en verre dans le frigo.
- Je ne devrais plus promettre à un ex de m'occuper de son chat le temps qu'il se replace. Se replacer ne semble pas facile.
- Bon investissement le déneigeur.
- Ça va me faire chier de défaire le sapin en janvier. J'aurais pas dû mettre des décos partout.
- Les enfants devraient jamais vomir à 2 pieds de la poubelle, dans un cadre de porte, à 15 minutes de la première rencontre de parent.
- Qui démonte un moteur dans mon bloc cette semaine?
- Étrange d'être contente de revoir sa famille dans un salon funéraire.
- 4 amies en congé de maternité, ça fait réfléchir.
- Vivre seule quand toutes les émissions télévisées qu'on suivait sont terminées, c'est mortel d'ennui.
- Dommage que le sapin de Noël bloque l'accès de mon vélo stationnaire juste avant les Fêtes.
- Faudrait bien que je fasse réparer mon lit. 6 mois à dormir le matelas sur le sol a un petit quelque chose de paumé une fois arrivée à la trentaine.
- Je suis tellement courbaturée en me levanr chaque matin.
- Me demande si ex-Amoureux lira ceci.
Inscription à :
Articles (Atom)